Chers amis, nous sommes heureux de vous annoncer que l’édition 2017 du Maghreb des Films est lancée à partir du 21 novembre.
Nous aurons rendez-vous à Paris, en région et même en Belgique : La Clef, Le Louxor, L’Institut des Cultures d’Islam, L’École Normale Supérieure, la Cinémathèque universitaire, Festival Lumières d’Afrique (Besançon), L’ Univers (Lille), la Cinémathèque Royale de Belgique (Bruxelles, Belgique), La Fontaine (Froyennes, Belgique)
La lumière dans le sombre !
Le cinéma est un art forcément politique. Les cinéastes portent une voix, montrent les marges, dénoncent les abus mais aussi racontent des histoires pour agrandir l’espace, rendre la mémoire, fouiller l’Histoire, aider, peut-être, à faire changer les choses.
La sélection 2017 du Maghreb des Films, nous offre un paysage autour de trois motifs : conservatisme des mœurs, mémoires, expérimentations visuelles.
Les réalisateurs de la programmation 2017, nous convient à leur révolution culturelle.

L’heure ne serait plus tant aux manifestations et aux révoltes massives, qu’au partage des résistances individuelles, dans des sociétés rendues hostiles par la lourdeur des systèmes politiques.
Fayçal Hammoum se confronte au problème de la fraude électorale en Algérie, avec Vote Off, Faouzi Bensaïdi, s’attaque sans manichéisme à l’oligarchie avec Volubilis, lequel viendra clôturer l’hommage à Saïd Hamich et « Barney production » ; ceux-là mènent depuis presque dix ans un travail exemplaire de coproduction entre la France et le Maghreb.
Pour aborder des problèmes aussi délicats et risqués que l’amour : Fais soin de toide Lakhdar Tati, la virginité : Le Verrou de Leila Chaïbi et Hélène Poté, des cinéastes questionnent leurs proches, leurs concitoyen.ne.s.
Keswa, le fil perdu, présenté en hommage à sa réalisatrice, Kalthoum Bornaz, pionnière du cinéma des femmes en Tunisie, décédée il y a un peu plus d’un an, participe de cette mise en question.
Les discours laissent place aux convictions, au courage, à l’endurance, comme les personnages hauts en couleur dans leur désarroi, Headbang Lullaby de Hicham Lasri, ou Bêlons de El Mehdi Azzam ; mais aussi à l’ingéniosité - celle d’un gamin prêt à tout pour acquérir une liberté : voir un film dans le seul cinéma du bled : Tikitat a soulima de Ayoub Layoufissi ; ou celle qui lie un adolescent et son grand père dans la constellation familiale : On est bien comme ça de Mehdi M. Barsaoui.
Des réalisateurs abordent frontalement leurs sujets, touchant aux révoltes à la fois locales et mondiales, en même temps que s’efface un mode de vie ancestral. C’est ainsi qu’enregistre, depuis 20 ans, ce franc-tireur du documentaire, Ivan Boccara, ici avec Pastorales électriques : l’avancée absurde de l’électricité dans les vallées du Haut-Atlas Marocain. De même, Habib Ayeb, tunisien, géographe de métier et professeur, avecCouscous, les graines de la dignité - ou le parcours des semences soustraites aux terres des agriculteurs tunisiens.
Ville, monde rural, paysages, sites, vastes, sombres, plombés de soleil, ou en ruine, jouent leur rôle pour décrire une terre à reconquérir.
L’expérimentation visuelle est aussi convoquée, pour à la fois penser la place de l’image et penser autrement le monde et le rapport à l’autre : Beyond the silence de Intissar Belaïd. Certains sont partis vivre en Europe une vie de misère : Terrain vague de Latifa Saïd ou de déracinés : Musiques de l’exil, les Algériens en France de José Maria Berzosa, tandis qu’un retour au bled contrasté coûte au jeune étudiant : Miel et vieux smen de Yassin El-Idrissi ; la France, n’est plus recherchée comme l’Eldorado : Déjà la nuit de Youssef Nathan Michraf ..
Sept ans après les Printemps arabes, se pose la question de la construction d’une mémoire collective – une mémoire nationale des luttes, qui pourrait éclairer les impasses du présent.
Les révoltes de 2011 sont là, questionnées par War Reporter d’Amine Boukhris et la table-ronde qui suivra, rassemblant photojournalistes et reporters de guerre.
L’Algérie domine avec son lot d’archives et d’apports critiques sur la guerre, l’immigration : Une journée au soleil de Arezki Metref ; La bataille d’Alger, un film dans l’histoire de Malek Bensmaïl) et aussi sur la décennie noire avec Atlal de Djamel Kerkar, sans compter l’ironie décalée de la comédie « vintage » qui renoue rétrospectivement avec les résistances individuelles : Les Folles années du twist de Mahmoud Zemmouri)
Le fil rouge de cette édition 2017 semble être avant tout l’intime ; ces sujets disent la remise en route, lente, courageuse, des manières de tenir ensemble. Les réalisateurs réussissent à composer un certain état du monde – de leur monde, engagés dans un processus marqué par la relation à l’autre. Des sujets risqués, l’amour en terre musulmane, les élections en Algérie, les traditions, mais aussi des histoires simples et émouvantes, de superbes immersions contemplatives, des paysages étonnants, des convictions, des acteurs à découvrir, tout cela nous parle d’un cinéma rempli des mots dignité et vitalité, sans banderoles, ni slogans.
Les vies. Au jour le jour.