Fissures

Thèmes : Société maghrebine

Réalisateur(s) : Hicham Ayouch 

Pays de production : Maroc

Type : Long métrage

Genre : Fiction

Edition du festival : Maghreb des films novembre 2010

DVD disponible dans la DVDthèque du Maghreb des films (prêt possible aux programmateurs)

Réalisateur Hicham Ayouch
Maroc / 75’ / 2009

Scénario et Dialogues Hicham Ayouch et Lee Hey-Jun

Image Hicham Ayouch

Son Aïcha Haroun Yacoubi, Saleh Ben Saleh, Mohammed Aouragh

Montage Franck Pairaud et Khaled Salem

Producteurs Hicham Ayouch et Ahmed Belghiti

Production et Distribution Videorama. France : les Films de l’Atalante

Avec Abdesellem Bounouacha, Marcela Moura, Noureddine Denoul, Mohamed Aouragh.

Projeté à la 9ème édition du Festival international du film festival de Marrakech et au 11ème Festival du film de Tanger où il a été consacré pour le meilleur rôle féminin.

Synopsis Tanger, ville mystérieuse et magique, où se croise une foule d’âmes perdues errant dans ses dédales enfumés.
Trois marginaux en quête d’amour vont se rencontrer et s’aimer : Abdelsellem, sexagénaire impulsif et macho qui sort de prison, Noureddine, son meilleur ami, architecte solitaire et sensible à l’art et Marcela, une brésilienne fantasque, indépendante, excessive et suicidaire qui vit des aventures à la limite de la folie.

- 9e Festival International du Film, Marrakech
- Prix du Meilleur rôle féminin, 11e Festival du Film, Tanger

Attachée de presse Liliane Sloimovits
Contact :
par téléphone au 06 64 88 44 42 ou 01 48 24 44 42
par mail, en cliquant sur l’adresse suivante : lilianesloimovits@free.fr

Téléchargez le dossier de presse
Téléchargez l’affiche

Revue de presse

« Jules et Jim version trash »
Jeune Afrique
« Un film rebelle symbole de la nouvelle vague arabe »
Tel Quel
« Urgence. Hicham Ayouch emprunte à la Nouvelle Vague et met en scène la dérive existentielle d’un trio rebelle au Maroc.
L’accroche d’abord prévue à cet article voulait dire que Fissures est un film qui tombe à pic. Or il ne tombe pas, au contraire : il se lève. Et il se lève à pic, en effet. Il nous vient du Maroc, un pays où la vague des révolutions arabes est pour l’instant amortie, ce qui ne l’empêchera pas de s’infiltrer et s’exprimer sous d’autres formes. Ce n’est pas un film militant, ni même directement politique, mais c’est assurément un film de libération ...
... Les partis pris (de Hichaam Ayouch) convergent sous un même mot d’ordre de liberté : improvisation, scénario in progress, tournage à l’arraché, légèreté totale des dispositifs, place aux rencontres et à l’intuition.... »
Libération Téléchargez l’article complet
« Dans un Tanger interlope, trois êtres éprouvés par lavie se croisent, s’attirent et se déchirent. Ce triangle amoureux sert de fil conducteur au film. L’écriture est parfois maladroite, mais la mise en scène qui puise dans la folie désespérée et le penchant pour l’autodestruction de ses personnages a du punch. »
TelelObs
« A Tanger, un sexagénaire tout juste sorti de prison est hébergé par un ami architecte. Ils tombent tous deux sous le feu de la passion que leur inspire une Brésilienne, artiste peintre, rencontrée dans la rue….Une dérive dédiée autant à la liberté de création qu’à la folie charnelle, dans un contexte qui ne s’y prête guère…. »
Le Monde
« A mi-chemin entre le film de fiction et vidéo art, son premier long métrage déroule l’errance de deux Marocains et d’une Brésilienne dans Tanger. Mais ce qui reste, surtout, c’est la ville, à la fois sublime et décrépie, à mille miles des clichés habituels. » La Tribune
« …Picole, cris, tessons, hurlements : cette histoire de Hicham Ayouch se présente comme une romance échevelée glorifiant l’amour fou. Tourné sans scénario et sur la base d’improvisation, cette réalisation sympathique et audacieux tient surtout sur les nerfs des interprètes, en roue libre hystérique… »
Le Canard enchainé
« A Tanger, deux hommes et une femme vivent un trio amoureux destructeur. Ayouch retrouve la folie de Cassavetes… »
L’Express
« Il serait dommage de passer à côté de cette bouffée de sentiments à fleur de peau. »
Nova
« Réalisé en treize jours dans la plus grande improvisation, ce film peut être considéré comme le premier jalon d’une « nouvelle vague » dans le contexte du cinéma marocain. L’audace de son sujet – cet amour à trois – l’univers glauque où il se déroule, le distinguent des productions courantes. Premier long métrage d’Hicham Ayouch, FISSURES fut primé dans divers festivals. »
L’Officiel des spectacles « A Tanger, Abdelsellem sort de prison et s’installe chez son ami Noureddine. Une artiste-peintre brésilienne, Marcela, excentrique et suicidaire, se glisse au beau milieu de leur amitié. Trois personnages perdus : un film basé sur l’improvisation de ses acteurs, précurseur d’un nouveau cinéma marocain. »
Pariscop

Hicham Ayouch Né en 1976, à Paris. Journaliste de formation, Hicham Ayouch a réalisé de nombreux films institutionnels et publicitaires. En 2004, il se lance dans l’écriture du scénario de SAMBA DO MAAZOUZ. Il réalise en 2005 son premier court métrage, BOMBLLYWOOD. Il enchaîne avec un documentaire, LES REINES DU ROI (2006) sur le statut de la femme au Maroc, avant de signer LES ARETES DU COEUR (téléfilm), puis POUSSIERES D’ANGE (documentaire) en 2007. FISSURES est son premier long métrage cinématographique de fiction.

P R O P O S

Genèse Ce film est né d’une urgence, d’un besoin d’expression insoutenable. J’ai voulu tenter une expérience cinématographique où la liberté et la capture des émotions étaient ma quête, j’ai voulu tourner la vie. Je n’avais pas d’argent, je n’avais pas de scénario, mais je savais qu’il fallait que je m’exprime d’une manière ou d’une autre. J’ai donc appelé six amis aux quatre coins du Maroc, acteurs ou metteurs en scène et je leur ai fait part de mon projet un peu fou de tourner un film sans scénario, les six ont accepté. J’ai parlé de mon projet au Directeur du CCM qui a accepté de me donner une autorisation étant donné le caractère expérimental du projet.

Tournage C’était très intéressant, toute l’équipe s’est retrouvée à Tanger et pendant deux jours, nous avons travaillé sur un pré-séquencier, au total, nous avons imaginé une trentaine de séquences sans dialogues, juste avec la description de la scène.
Puis, l’aventure a commencé, chaque jour, nous inventions l’histoire le matin et nous tournions l’après-midi et la nuit.
C’était une expérience magique, faite de liberté, d’intuitions, d’improvisation, de rencontres, nous étions en permanence à la recherche de l’émotion.
Le tournage a duré treize jours, il était d’une intensité rare, nous étions en permanence sur le fil du rasoir, nous oscillions entre rires et larmes. La plupart des scènes ont été tournées en une seule prise, sans répétition, et le plus souvent, je mêlais les acteurs aux habitants de la ville qui improvisaient naturellement avec nous.

Fiction Le film est une fiction, mais il a été pensé et tourné comme un documentaire, en filmant de cette manière, débarrassé de tout artifice, je voulais aller le plus loin possible dans ma quête d’un cinéma différent.
J’ai donc tourné sans donner d’importance aux éléments qui composent un film classique, costumes, raccords, maquillage, mouvements de caméra, l’essentiel était d’essayer de capturer l’émotion.
En tournant FISSURES j’ai également voulu montrer un Maroc différent, un Maroc où l’on boit de l’alcool, un Maroc où l’on fait l’amour, un Maroc où l’on vit librement et j’ai utilisé une liberté cinématographique pour essayer de retranscrire au mieux cette réalité.

Nouvelle vague FISSURES est un film différent qui essaye de chercher d’autres voies d’expression, les fenêtres d’exposition sont rares pour ce type de projet.
C’est un film fragile qui comporte des faiblesses, mais ce sont ces faiblesses et cette prise de risque qui lui confèrent également toute sa force.
Ce type de cinéma indépendant a déjà été pratiqué en Europe avec la « Nouvelle Vague » ou « Dogma », également aux Etats-Unis avec des réalisateurs comme Cassavetes, mais au Maroc, je pense que cette expérience est la première du genre.

Echos

Commentaires de Marion Pasquier
Fissures, c’est l’histoire de trois personnages, le sexagénaire Abdelsellem tout juste sorti de prison, son meilleur ami architecte, Noureddine, et Marcela, une Belle brésilienne tout juste rencontrée. Ce qui intéresse Hicham Ayouch dans ce trio sont les émotions traversées par chacun. La trame est des plus minces, le film se concentrant sur les déplacements des corps des trois personnages, sur les mouvements contraires qui les animent, sur l’irrationnalité de leurs comportements, sur leurs sentiments. On pense très vite à John Cassavetes. Marcela pourrait bien être un avatar de personnages interprétés par Gena Rowlands, la Mabel d’Une femme sous influence, ou la Sarah de Love Streams. Marcela vit dans l’extrême, dans l’excès. Visiblement remplie d’un immense besoin des autres, elle donne de sa présence, de son affection, de son amour. Dons qui vont de pair avec l’immensité de sa détresse, de son absence de repères, de sa peur d’être seule (qui transparaît notamment dans une très belle scène où la jeune femme, dans une forêt, panique de perdre de vue les deux hommes, pour un instant seulement).

Nous assistons à sa rencontre avec Abdelsellem, une nuit, dans le « kebab » où il travaille. Marcela lui commande un hamburger, elle constate qu’il a les larmes aux yeux et s’en va discrètement. Un peu plus tard, ils se retrouvent dans la rue et se sautent dans les bras en s’embrassant. La force de leur étreinte, magnifique mélange de joie et de désespoir, est déroutante : comment les émotions peuvent-elles être si fortes entre deux êtres qui ne se connaissent pas encore ? On comprend vite que la rationalité n’est pas de mise chez les personnages de Fissures, qui sont du côté de la sensation et du moment présent. Pourquoi Marcela part-elle en courant en pleine nuit après une étreinte avec Abdelsellem ? Pourquoi ce dernier revient-il devant chez elle après l’avoir quittée en colère ? De telles scènes s’enchaînent brutalement, le montage ne laissant aucune place aux transitions. On ne cherche pas à comprendre, à expliquer, les changements soudains d’attitudes, on s’y rend disponible pour mieux ressentir les émotions qu’ils véhiculent. Les dialogues semblent moins être vecteurs de sens qu’expressions brutes de ressentis. Le cinéaste ne donne aucun indice qui pourrait inciter à intellectualiser la façon d’être des personnages. Leur souffrance à tous les trois est indéniable mais nous sommes bien en peine de dire d’où elle provient car rien ne nous est révélé de leurs passés respectifs, de leurs histoires. Le monde qui les entoure ne semble pas hostile, pourquoi souffrent-ils donc autant ? Rien ne nous détourne du moment présent, qui prend alors toute son ampleur.

Nous ne voyons presque pas les protagonistes avec d’autres personnages, intégrés à un réseau professionnel, amical, qui les éclairerait sous un autre angle et nous aiderait à les cerner. L’opacité de chacun d’eux et de leur relation s’amplifie lorsque Marcela, sans pour autant délaisser Abdelsellem, se tourne vers Noureddine. C’est une danse à trois qui naît alors, faite de mouvements d’approche, de recul, d’élans de tendresse et d’animosité. A travers les rues de Tanger, ou dans un appartement, les personnages vont et viennent, passent sans transition d’un rire souvent hystérique à des larmes d’intense désespoir. En quoi l’on pense à Cassavetes, encore, notamment à Faces. Marcela irradie le film autant qu’elle ensorcelle les deux hommes, qui préfèrent souffrir auprès d’elle que de vivre sans elle. Nous sommes pleinement avec la souffrance d’Abdelsellem qui la voit s’éloigner de lui pour se rapprocher de Noureddine, et pleinement avec la souffrance de ce dernier auquel elle échappe le temps d’une scène. Marcela marche à ses côtés dans la rue, toute à sa joie de partager un moment avec lui. Elle croise alors un homme qu’elle connaît (interprété par le cinéaste), se jette dans ses bras, l’embrasse aussi intensément qu’elle embrasse Abdelsellem ou Noureddine et s’enfuit en courant avec lui, laissant Noureddine seul et désemparé. La facilité avec laquelle Marcela dit « je t’aime » ne semble pas relever d’une légèreté de sa part. On croit en sa sincérité, elle est sans doute capable d’aimer très fort des quasi inconnus, ce qui la rend si particulière et si captivante. Est-elle capable de construire quelque chose avec eux, de s’impliquer durablement ? Cela n’est pas certain, mais c’est sans importance.

La mise en scène est parfaitement cohérente avec la spécificité des personnages. La caméra tourne souvent autour d’eux, comme pour rendre compte du bouillonnement de leurs émotions, de leur précarité, leur instabilité, de leur difficulté à trouver leur place auprès des autres. Ces êtres s’inscrivent aussi peu dans le cadre qu’ils ne s’inscrivent dans un réseau, social, professionnel ou familial. Leurs silhouettes souvent fragmentées débordent du cadre, comme si ce dernier était trop réducteur, ne pouvait contenir l’ampleur de l’absolu auquel ils aspirent. En utilisant des angles variés et surprenants (plongées, contre plongées, très gros plans, zooms), Hicham Ayouch semble explorer ses personnages, tenter de les décrire du mieux qu’il peut. La lumière dans laquelle s’inscrivent leurs corps rend parfois ces derniers difficilement intelligibles. De même que la fragmentation et les mouvements perpétuels, l’obscurité récurrente participe à les rendre fuyants, opaques, insaisissables.

La lumière est aussi une façon de magnifier Tanger. Théâtre de l’histoire du trio, la ville est tellement présente qu’elle en devient un personnage. Rues labyrinthiques parcourues en pleine nuit, rues rougeoyantes, bleuissantes, rues animées la journée dans les souks, toits aperçus depuis la terrasse de l’appartement sous un ciel bleu ou un coucher de soleil, mer devinée au loin, plage qu’on approche... nous ressentons les vibrations qui animent la cité autant que celles des personnages.

C’est avec l’impression d’avoir été entraînés dans un tourbillon émotionnel intense que nous quittons cette histoire. Hicham Ayouch, que l’on sent extrêmement proche de ses personnages, réussit brillamment à nous immerger dans leur monde, à nous faire partager leur folie, leurs joies, leurs effrois, leur complexe envie de vivre et de mourir à la fois.

Extrait de Critikat

Voir aussi sur Critikat l’entretien avec Hicham Ayouch

A propos

Précédé d’une odeur de soufre, Fissures, de Hicham Ayouch, a été un véritable choc pour les spectateurs du Festival international du film de Marrakech. C’est l’un des coups de cœur du festival et le public attendait, fébrile, la projection de Fissures. On vous avait promis un film choc, vous allez être servi. Hicham Ayouch, déjà auteur des Arêtes du cœur, filme ici l’errance de trois marginaux qui s’abîment dans l’alcool, la drogue et la passion. Hurlements, bagarres, scènes de sexe extrêmement crues, Ayouch n’épargne rien au spectateur. D’ailleurs, dans la salle, nombreux se sont levés au cours de la projection, sans doute mal à l’aise.
Ayouch filme avec beaucoup de poésie l’interaction entre la folie de ses personnages, leur perte de repères et les rues sombres de Tanger. Au coin de chaque ruelle de la ville blanche, d’autres marginaux surgissent, sniffeurs de colle, fumeurs de haschich, sans papiers, comme si la ville ne cessait d’enfanter la folie et la déshérence.
Fissures est aussi une histoire d’amour. En s’installant dans la vie des deux hommes, Marcela fait entrer la passion dans leur existence et les entraîne dans sa propre descente aux enfers. La comédienne, Marcela Moura, est terriblement juste. Elle porte tout le film sur ses épaules et parvient à incarner la folie sans verser ni dans l’hystérie ni dans la caricature. Elle est d’autant plus étonnante qu’au naturel, elle donne l’impression d’une femme extrêmement douce et discrète.
Le film d’Ayouch est un véritable exercice de style, qui se situe plus du côté du cinéma expérimental que de la narration classique. Disposant d’un très petit budget et d’une équipe réduite, il a fait le choix de tourner sans scénario, en laissant à ses acteurs le soin d’improviser. Un pari risqué, mais tenu haut la main. Sans doute parce qu’Hicham Ayouch a su s’entourer de comédiens atypiques, qui ont accepté de côtoyer la folie.
Après la projection, les spectateurs en parlent avec passion. Certains ont adoré, d’autres ont trouvé ça insupportable mais Fissures n’a, en tout cas, laissé personne indifférent. Dans un café, deux jeunes femmes discutent. L’une d’elle soupire : « Tu vois, j’en suis encore toute retournée. Ça m’a fait quelque chose mais je ne sais pas… C’est comme un malaise qui continue à vivre en moi. »
(9/12/2009, Leïla Slimani, envoyée spéciale Jeune Afrique)

« Un film rebelle symbole de la nouvelle vague arabe. » Tel Quel
« Dans la bouillie des films désincarnés, voilà que nous arrive du Maroc un film normal. Un film qui parle du Maroc. Du vrai Maroc. Du Maroc normal. Un Maroc avec de vrais Marocains. Qui vivent comme ils peuvent, boivent comme des trous, cherchent l’amour avec fureur et maladresse. Des gens comme les gens normaux que nous sommes et que sont si rarement les gens dans les films, du Maroc et d’ailleurs. Un Maroc comme les autres pays du monde, avec des Marocains comme les autres peuples du monde.
Ni engagés ni dégagés, ces Marocains normaux ont simplement soif de la vie, dont ils ont perdu le mode d’emploi ; et il leur arrive ce qui doit arriver : ils tombent, ces deux amis si ordinaires et attachants, ils tombent sur une image de rêve, une Brésilienne toute en charme de soufre, mais aussi paumée qu’eux, qui les tuera à moitié, compromettra leur amitié, les entraînera dans sa propre dérive mortelle. Un film si normal que, en grande partie improvisé, les comédiens s’y soient coulés comme dans une baignoire tiède, jouant peut-être comme ils mèneraient leurs vies, dans une situation semblable.
Ce film aurait pu se passer au Brésil avec des Brésiliens normaux, et une créature de rêve, Marocaine débarquée en Latino-Amérique : voilà pour l’universalité du film, poignant, tendre, brutal et normal, donc, de Hicham Ayouch. Rien n’est plus efficace que de parler du monde en le situant chez soi, sur une toute petite surface. Ici c’est Tanger, cosmopolite et mêlée où se bousculent tant de désirs et de frustrations, de luxe et de misère, de fêtes et de drames, scène idéale pour cette histoire de trio inattendu, dont le Jules et le Jim ne sont ni vraiment beaux ni vraiment laids, normaux, quoi, où Kate reste belle et à la fois maîtresse de leur jeu, mais simple jouet du sien. Car elle aussi est normale, paumée, perdue, prenant ses changements d’humeur pour la liberté, ses ivresses pour le plaisir, imaginant sa non-vie comme étant la vie : normale, quoi, comme nous tous. Il n’y a que ses deux amoureux qui la voient en femme fatale, en créature à rêver quand on la touche, à toucher quand on la rêve.
Et nous qui regardons, brinqueballés comme des spectateurs normaux, emportés avec les deux amoureux (Abdelselem Bounouacha et Noureddine Denoul, parfaits) à regarder Marcela Moura avec leurs yeux, happés par ces « fissures » qui nous fragilisent avec eux, nous réalisons que ce qui n’est pas normal, c’est que le cinéma contemporain nous offre si peu de films comme celui-là : simple comme un amour à trois, brûlant comme une giclée d’alcool, normal comme la vraie vie. La leur, la nôtre. Et si difficile à filmer sans se brûler les doigts. »
Yves Frémion, écrivain

JULES ET JIM version trash. Précédé d’une odeur de soufre, FISSURES, de Hicham Ayouch, a été un véritable choc. C’est l’un des coups de coeur du Festival International du Film de Marrakech et le public attendait, fébrile.
Jeune Afrique

Un film sous haute tension. Il est des films qui, tel un uppercut décroché en pleine poitrine, coupent le souffle.
FISSURES d’Hicham Ayouch est de ceux-là. Dans la droite lignée d’un autre film où l’oxygène vient à manquer, A BOUT DE SOUFFLE de Godard, FISSURES est un pavé lancé dans la mare de l’académisme didactique du cinéma marocain…le film de Hicham Ayouch est tout en « jump-cut », un autre hommage au cinéma de la Nouvelle Vague. » _ Tel Quel

Fiévreux, cru et brut, FISSURES est à l’image de ces personnages : trois écorchés vifs, mordant la vie dans une ville ouverte, battante comme une porte, Tanger. »
Le Soir Échos

Quand une Asia Argento brésilienne s’invite au pays de Mohamed Choukri. Marcela Moura, une Asia Argento brésilienne un peu fragile, meurtrie par l’existence, et en même temps d’une joie de vivre immense.
L’actrice brésilienne qui incarne Marcela est tout simplement superbe. Elle a un peu cette folie des personnages d’André Zulawski (L’AMOUR BRAQUE) et cette fragilité des gens extraverties. Son sourire et son regard sont l’âme du film. Abdessalem va tomber amoureux d’elle. Et là, le film, avec une poésie noire pas très éloignée des chansons de Noir Désir, va suivre presque caméra à l’épaule cette histoire dans les bas fonds tangérois et dans ses ruelles. Dans ces lumières un peu sale des sous-sols de garage, dans ces lumières sales qui s’abattent sur les épaules des acteurs comme une pluie fine de petit matin brumeux (cette pluie électrique relatée par Tanizaki ou par Maïakovski),
Hicham Ayouch nous montre la mélancolie des visages, l’intensité des regards. Avec cela, il y a la beauté des chansons (« A Tanger, tu n’es pas étranger, A Tanger, tu n’es pas dérangé »), qui est comme une invitation pour le spectateur.
Esprits Libres.

J’ai rencontré un film de vrai cinéma avant de rencontrer un homme. Membre du jury, pour le Prix de la Presse au 20ème Festival du Film Arabe de Fameck,
j’ai eu le plaisir de batailler afin que FISSURES de Hicham Ayouch l’obtienne haut la main. J’ai beaucoup aimé ce film qui donne à voir 3 personnages (deux hommes/une femme) dans un tourbillon de folie, une certaine folie. Laquelle ? Celle qui fait qu’être fou dans un monde, notre monde de démence, est un sacré bon signe de bonne santé mentale. Du simple fait que les trois personnages de Hicham EXISTENT bien plus qu’ils ne VIVENT quand tant d’autres vivent et survivent sans jamais réussir à exister vraiment.
J’ai aimé leur parcours dans la schizophrénie de Tanger, cette ville dont même les murs devraient être psychiatrisés et ses rues camisolées. Hicham filme la ville comme un labyrinthe vivant et mobile où errent, vivent et boivent l’Amour, jusqu’à la lie, ces trois personnages qui ne retombent ni sur leur pattes ni en ronronnement.
Ce n’est pas un film félin mais bel et bien canin. Un film de babines et de crocs où chacun/chacune cherche sa chienne... de VIE. La beauté est aussi dans la notion de partage, ce que ces trois là partagent durant le film est magnifique d’humanité car c’est quand on a pas assez soi même pour donner à l’autre que commence la notion de partage... Ce personnage femme, artiste peintre, cultivée faite pour les salons va chercher les couleurs de la vie dans la rue et les trouve dans les bas fonds où elle se donne en partage, corps, esprit, âme, et jusqu’à la vie...
Une putain de belle histoire d’amour humain. Quant à l’homme qui a filmé, réalisé, écrit FISSURES... Voilà un œil/caméra sur la vie comme on en aurait bien plus souvent besoin, un oeil de Pirate braqué sur l’horizon et ce, au delà du premier rang des fauteuils d’une salle de cinéma. »
A.Hafed BENOTMAN "écrivain" aux éditions Rivage/Noir

Maghreb des films Du 7 au 20 octobre 2009. projections, débats, rencontres
Newsletter, abonnez-vous !